Scalabilité: l'antidote de la colonisabilité

Lorsque Malek Bennabi (RA) a qualifié les peuples colonisés de colonisables, il avait bien remarqué que le vide civilisationel qui caractérisait ces derniers, était la conséquence de carences endogènes et exogènes, qu'il proposa logiquement de neutraliser par l'énumération de tâches et d'orientations fondamentales. Quoi de plus logique que d'exiger un niveau d'éducation, de pensées, de travail, d'investissement et d'organisation sociale, comme conditions de la renaissance, surtout lorsqu'on est déja colonisé et qu'une lutte d'indépendance est entrain de prendre forme dans son propre pays. 

Fidèle à lui même et à sa bonne parole, Malek Bennabi (RA) s'est aussi investi à cor et à cri pour le développement de l'Algérie nouvellement indépendante. Mais tous ses actes et ses écrits, malgré leur justesse et leur pertinence, ont souffert, à l'instar des écrits de nombreux autres penseurs et écrivains bien intentionnés, du même syndrome: celui de l'angélisme et de la bien-pensance. Ce manque de "férocité" et "d'esprit de conquête", même conforme aux textes scripturaires, a ôté toute "force de percussion" à son message universel.

C'est pour cela que lui ainsi que beaucoup d'autres, n'ont pas eu l'impact escompté dans les orientations constitutives et développementales de leurs pays respectifs. Avoir de bonnes idées, aussi justes soient-elles, n'est pas suffisant pour convaincre et initier une dynamique. Il y a un contexte systémique local et global, qui a échappé à Malek Bennabi (RA) et consorts, et qui a affaibli l'impact de ses idées. Il me vient aussi à l'esprit tous ces combats historiques qui ont été perdus par manque de force dans les visions et les actions, comme par exemple la démission du Dr Benkhada (RA) de la présidence du GPRA dans les moments intenses du conflit avec les militaires des frontières, et qui a influencé le destin pas très enviable de l'Algérie actuelle.

A vrai dire aujourd'hui, étant témoins de l'évolution du monde et des nations qui façonnent le monde comme ils le souhaitent, il est devenu inutile de ressasser les figures du passé, qui ont certes fait leur devoir de conscience, mais qui n'ont pas réussi à renforcer les facteurs endogènes pouvant inverser les rapports de force avec les facteurs exogènes contraposés.

Alors, qu'elle est la solution pour contrer l'esprit de colonisabilité?. Elle s'appelle "scalabilité": c'est un néologisme d'origine informatique indiquant la capacité d'un système à accroitre sa capacité de fonctionnement sous l'effet d'un accroissement de charge sur les ressources. Dans un contexte économique, cette scalabilité est contenue dans le modèle économique qui régit la croissance d'une entreprise et qui la fait muter d'une simple PME à une multinationale. 

Qu'en est-il de cette notion dans un contexte social et politique: c'est de permettre à un peuple primitif régi au départ par des règles simplistes et portant en elles les germes de  l'injustice, d'évoluer vers des systèmes institutionnels complexes, plus justes et plus fiables, garantissant la fonctionnalité harmonieuse et pérenne de tous les rouages vitaux de la société, capable de s'adapter à l'évolution démographique dans un contexte mondial renouvellé.

Autrement dit, au départ un peuple est peu nombreux et fonctionne avec des règles simples et imparfaites qui le fragilisent vis à vis de l'environnement concurrentiel extérieur. On est dans une PME. Mais si ce peuple envisage d'exister à très long terme (comme le ferait une PME qui voudrait se muer en multinationale) et de pérenniser son existence, alors il faudrait faire évoluer le système vers un modèle de physiome social affranchi des imperfections les plus évidentes pouvant nuire à sa scalabilité, et qui lui permettra de devenir acteur de son propre destin.

Mais pour cela, il faudrait réaliser 2 conditions:
1/ imaginer correctement le physiome institutionnel doté de tous les organes fonctionnels, comme on imaginerait le fonctionnement d'une créature vivante avec tous ses organes vitaux. 
2/ définir clairement la raison de vivre de ce physiome: favoriser l'épanouissement global du peuple qui y vit, au lieu de celui particulier d'un groupe exclusif de personnes.

Il est clair aujourd'hui que si un pays se fixe comme objectif de promouvoir les intérêts d'un groupe exclusif de personnes, sa désexistence n'est qu'une question de temps, selon le  bon vouloir des civilisations prédatrices. Et la population dans son ensemble sera responsable de sa désintégration, gouvernants et gouvernés.

Par contre, si le choix est celui de l'intérêt général, alors les pays qui ont fait fausse route en négligeant leurs peuples dans un premier temps et en privilégiant une caste qui pensait à tord pouvoir assoir son pouvoir illégitime sur des facteurs exogènes, doivent assez rapidement changer les règles de vie de leur physiome.

La destruction du moyent-orient, de la Libye ainsi que l'état végétatif de dizaines de pays dans les continents asiatiques, africains et d'amérique du Sud, est essentiellement du à des facteurs endogènes. Un pays ne peut pas être Un, si ses propres habitants se considèrent comme ennemis devant se combattre mutuellement. Les conditions les plus fondamentales pour le fondement et l'existence d'un pays sont ainsi violées. Ce sont ces fractures que les quelques pays prédateurs, toujours les mêmes, vont exploiter pour convaincre leurs opinions publiques respectives de la nécessité d'ingérence politique et humanitaire, pour mieux piller et détruire, en réalité.

Un pays ne peut être construit que par ses propres enfants. Ce sont ces derniers qui pourront s'investir généreusement dans la construction du niveau de complexité requis à tous les niveaux (social, économique, politique, scientifique culturel et technique). Les pays qui ne savent rien construire de cette complexité multidimensionnelle ne pourront pas assurer cette scalabilité: ils ne pourront ni défendre leur souverraineté ni faire valoir leur existence dans la civilisation actuelle.

La vie n'est pas si reluisante et l'humanité non plus. Ne pas préparer les générations futures a cette réalité existentielle, c'est précipiter leur autolyse. Ca sera le cas des populations musulmanes si elle continuent de s'empêtrer dans leurs contradictions de gamins non pubères, pendant que leur bateau coule à flot. Il est tellement ridicule de voir ces pays, qui ont fait le choix de l'intérêt particulier, consacrer inutilement des milliard de dollars US à l'achat de matériel de guerre pensant devenir des puissances militaires régionales, les protégeant de tout intru. En réalité, ils n'ont pas compris ce qu'est devenu le monde d'aujourd'hui, ou les peuples qui n'ont aucune vitalité n'auront que le choix de la survie. 

La scalabilité est désormais dans les nappes profondes de l'inconscience. Il faudra pomper profondément pour y accéder. Mais pour cela il faudra arrêter de rêver d'un passé révolu, et se projeter vers un avenir ou l'acteur de son rayonnement ne sera pas comme le spectateur de sa déchéance. 

Les sociétés musulmanes doivent aussi, au préalable, s'affranchir de l'islam toxique professé en arabie, dont on a vu ses limites criardes dans la gestion de la période du ramadan et dans la crise du Qatar. Il faut revenir à des bases plus saines qui reposent sur l'intelligence de la foi et non pas sur le suivisme aveugle de suppots de royaumes illégitimes. Ce sont ces charlatans de la foi qui ont été les maitres d'oeuvre de l'enginneering massif d'attardés mentaux, financé par les milliard des richissimes donneurs d'ordre arabes.

Que ceux qui n'ont pas encore succombé à la marche du siècle, se ressaisissent vite en réhabilitant les enfants de leurs pays, car qu'ils le veuillent ou pas, ils n'ont pas le niveau pour affronter ce qui les attends, qui sera sans doute beaucoup plus dur que ce qu'ils prévoient. Il faudra se préparer à toute éventualité certes, mais il faudra surtout beaucoup de maitrise et d'intelligence pour construire la complexité d'une poche d'air dans un environnement irrespirable. Il faut donc choisir entre être ou ne pas être, entre la scalabilité ou la colonisabilité.