Réalisation de l’Etat civil en Algérie: 3 échelles de temps possibles

Après bientôt 10 mois de manifestations inlassables, inconditionnelles, civilisées et policées du peuple algérien, l’armée, détenteur du pouvoir réel, continue d’ignorer ces appels unanimes à la civilisation.

Nous espérons encore que la formidable mobilisation du peuple puisse parvenir à annuler ce mauvais scrutin. Cette nuit du 11 décembre va donc être haletante pour tout le monde. J'espère que beaucoup d'urnes vont être annulées et que des bureaux seront fermés par la foule, comme c'est le cas en Kabylie. Mais même si ce pouvoir franchit le rubicond en proclamant des résultats fictifs et truqués d'avance, il sera bien mal en point pour son avenir. 

Imaginons donc ce qu'il peut arriver de pire.

Mihoubi ou autre poupée docile de l’establishment sera proclamé président élu envers et contre tout, dès vendredi 13, dans un simulacre d’élections ouvertement factice, que le pouvoir profond avait besoin d’organiser, comme d’habitude, sans aucun scrupules et sans même essayer de sauver les apparences, pour rafraichir le visage de la tyrannie qui était devenu outrageusement obsolète.

Puis viendra l’heure des bilans, des questionnements et des doutes, des règlements de compte et de la démobilisation populaire, et la vie reprendra son train-train quotidien dans l’amertume et le désespoir de voir ce pays promis à un avenir grandiose, maintenu petit dans l'étroitesse d'esprit de ses fossoyeurs.

Mais comme les algériens viennent de faire un bond gigantesque pour faire valoir leurs droits à la liberté de penser et à la dignité de la vie, grâce à l’ingénierie de masse des forces dynamiques qui a eu raison de l’inertie adverse,  nous pouvons sans risque de nous tromper, recenser les acquis, ces éléments causaux du processus de changement radical en cours, ainsi que les trois échelles de temps possibles dans lesquelles les scénarios libérateurs sont appelés à se réaliser.

1/ Le peuple a vaincu l’illusion et veut vivre sa réalité

Depuis que l’armée des frontières a confisqué l’indépendance et tenté de démolir notre fierté et nos rêves de grandeur civilisationnelle, les algériens n’ont de cesse été manipulés mentalement dans l’espoir d’entretenir l’illusion qu’ils se détestaient mutuellement, et par conséquent qu'ils ne pouvaient se constituer en peuple sans le ciment conciliateur des militaires.

Les algériens savent à quel point ils ont été manipulé par les services propagandistes, en les soumettant artificiellement à multitude de courants idéologiques et à des modèles religieux pollués, situés aux antipodes du message libérateur et civilisateur de l’islam. Différentes origines ethniques et culturelles se sont retrouvés en conflits permanisés par la main courante selon un agenda précis.

Mais le peuple, et surtout sa jeunesse, moins encline à la manipulation mentale dans cette ère de généralisation des TIC, a soudainement réussi à s'extraire de son état zombiesque, après plusieurs décennies de transformation latente de son processus cognitif, déjouant et rejetant tout signal manipulateur provenant des services.

Le peuple vient donc d’inventer la diode sociétale qui ne laisse passer le courant que dans le sens de ses aspirations, et qui empêche le courant de passer dans le sens qui lui inflige douleur et souffrance.

Ce changement latent du processus cognitif du peuple s’est propagé à toutes les corporations civiles et militaires, qui souhaitent dorénavant que de vraies institutions civiles gèrent ce pays selon des règles démocratiques transcendantes à tous les individus et uniformes, pour que le militaire s’occupe de ses tâches nobles de défense des frontières, et s’arrête de vouloir influencer le choix politique, autrement qu’en apportant sa voix de citoyen responsable.

Le peuple est ainsi, décidé a construire toutes les barrières légales du contre pouvoir, pour éviter que des individus, aussi vertueux soient-ils, ne puissent profiter, consciemment ou inconsciemment, de positions politiques et sociétales fortes, occupées de manière directe ou indirecte, dument ou indument, en faveur de leurs propres intérêts et aux dépends du bien publique.

L’éthique érigée par le peuple, exige désormais que celui qui est élu et désigné à des mandats pour servir le bien publique, se doit de s'y consacrer exclusivement en mettant en berne ses intérêts propres. Dans le cas contraire, il doit lâcher ses mandats et s’en retourner  à ses activités privées et à buts lucratifs loin de tout conflit d'intérêt.

Dorénavant, aucun suppot de satan ne pourra éructer que les algériens sont trop jeunes pour exercer la démocratie, ou que l’Algérie doive se soumettre à quelconque pays, dussent ils être arabes, du Golfe persique.

57 ans après l'indépendance, les algériens se sont de nouveau réappropriés l'espace des libertés qui leur avait été confisqué,  pour parachever leur indépendance.

2/ L’ère du pétrole est révolue

Les usurpateurs qui sont venus s’assoir sur le trône laissé par le colonisateur, ont lié leur pérennité à celle des ressources minérales dans un pays de production modeste qui ne peut plus nourrir son peuple dont la population a quintuplé depuis l’indépendance. Ils partiront quand le pétrole partira et ce ne sera plus très loin!

Aujourd’hui, le forage des puits n’est plus aussi rentable que jadis, car d’une part la transformation énergétique vers des ressources plus propres est en marche avec un échéancier final de mutation prévu en 2040, et d’autre part, les pays producteurs hors OPEP comme les USA, sont bien décidés à devancer les événements et à inonder le marché pour liquider une grande partie de leurs réserves dans les plus brefs délais avant la grande mutation énergétique, déja entamée.

Conséquences: le prix du brut algérien n’est pas prêt de se refaire une santé, en plus du rétrécissement en peau de chagrin du marché actuel qui n’augure aucune perspective de remontée positive dans le futur. 

Même le marché du gaz se rétrécit du fait de l’ouverture d’autres voies d’approvisionnement en Europe et en Asie, soit autant de sous qui vont manquer dans la rente que perçoit l'Algérie.

A court terme, les recettes issues des faibles volumes de vente de l’énergie ne pourront plus couvrir les charges et les dépenses de l’état. Il n’est donc pas difficile d’anticiper que les responsables se laveront les mains de cette grande trahison et s’en iront se réfugier dans les pays qu’ils auront servi durant leur longue période de forfaiture, si bien entendu ils arrivent à s'échapper de la case prison, laissant un pays exsangue et son peuple démuni.

Mais quelquesoit l'état dans lequel aura été plongé notre pays, ce ne sera pas une catastrophe. Etant donné que la plus grande richesse de notre pays est d'amplitude humaine, il restera suffisamment de temps à notre pays pour se préparer à accueillir le 22ème siècle dans de bonnes conditions, un temps suffisant pour se relancer et se reconstruire sur une base d’énergie renouvelable avec des esprits organisés et inventifs, même si les algériens, naturellement inventifs, devront apprendre à mieux s’organiser pour gagner en efficience.

D'ores et déja, les algériens ne doivent plus miser sur les energies fossiles qui seront insuffisantes, mais sur les énergies renouvelables et redoubler d'inventions pour créer de véritables plus-values technologiques, scientifiques et financières afin d'assurer les besoins des 80 million d'algériens à l'horizon 2100, et 250 million à l'horizon 3000.

3/ la monnaie devise ne rentre plus

Non seulement les réserves de change vont fondre à l’horizon 2021, mais l’économie hors-hydrocarbures, qui se refuse toute soumission au diktat des soudards, est incapable pour le moment, de générer des recettes substantielles de l'ordre de quelques dizaines de milliard de dollars, pourtant nécessaires à la perennité de ce peuple.

Il ne faut pas s’y tromper. La dynamique hors hydrocarbures existe, mais elle est entravée par des fonctionnaires abusant de leurs pouvoirs, adoubés par les militaires quand ce ne sont pas les militaires eux mêmes qui s'en chargent.

La diaspora se contente de donner une bouffée d’oxygène aux familles algériennes, mais se refuse à investir dans le pays, du fait de l’instabilité et du mauvais climat social, politique, culturel et économique. La diaspora fera tout ce qui est en son pouvoir pour laisser l'illégitimité du pouvoir se noyer dans ses excréments.

L’algérien, sait aujourd’hui, in-fine, comment les processus d’escroquerie se construisent et restent impunis. Même lorsque les hommes d’affaires algériens veulent éviter les appels d’offres publiques, ils sont rattrapés par les services de sécurité, qui utilisent des moyens d’état pour les intimider et les menacer de chantage aux profits de sinistres individus. On comprend mieux comment ces services régaliens sont détournés pour devenir un corps maffieux constitué, responsable de la déliquescence tragique d’un aussi grand pays que l’Algérie.

Le comble de tout, c’est que cet immense disfonctionnement peut être commandé par un seul individu, dans ce pays, l’Algérie, sans que cela ne puisse déclencher un processus d'impeachment ou ne déclenche des réactions adverses pour le contrecarrer et pour le rectifier.

Ce détournement des ressources financières qui ne sert pas le bien publique et le sabotage ouvert de l'économie réelle devenue une véritable bulle qui risque d'exploser à tout moment, font qu’aujourd’hui, les algériens qui sont conscients de vivre au dessus de leurs moyens sans compensation et sans filet, ne vont pas lésiner à utiliser leurs dernières forces pour casser ce système d'un autre âge.

4/ Trois Scénarios de sortie de crise sont possibles

Ces deux éléments protagonistes que sont la maturité du peuple et le rétrécissement du disponible financier, augurent d'un dénouement prochain selon 3 grandes classes de scénarios pour imposer un état civil au nez et à la barbe du militaire: 1/ terme long (20 ans), 2/ terme moyen (10 ans), 3/ terme court (1-2 ans)

4-1/ scénario du long terme (20ans)

Si, en raison de forces majeures,  le peuple retrouve un comportement passif après ce simulacre d’élections du 12 décembre 2019, il est clair que l’état qui est dorénavant profondément fracturé prendra le temps d’imploser et disparaitre de lui même lorsque la densité de population concentrée au nord sera suffisamment grande pour ne plus être compensée par les recettes énergétiques fossiles à l’horizon 2040.

Les algériens seront entre 45 et 50 million tandis que les recettes énergétiques ne dépasseront plus les 30 milliard de dollars depuis longtemps. Autant dire une situation de faillite que les détenteurs illégitimes du pouvoir ne pourront ni parer ni redresser, sans leurs filets de sauvetage habituels.

Cette descente aux enfers, se fera lentement et les militaires réaliseront doucement mais surement, qu'ils ne pourront plus rien diriger ni manipuler ce peuple qui les vomira de plus en plus intensément, et qu'ils feraient mieux de rentrer dans leurs casernes et de s'occuper de ce qui les regarde.

4-2/ scénario du moyen terme (10 ans)

Par contre, si le peuple maintient la pression en maintenant activement le hirrak, sous cette forme civilisée, policée, patiente et pacifique, le président-marionnette choisi par le pouvoir profond actuel, va pouvoir tenir le 1er terme en faisant semblant de rendre justice et de réformer l’institution militaire, mais sautera durant ou à la fin du 2ème terme, temps nécessaire pour que les actions répétées du hirrak puissent impacter durablement l'économie chancelante ainsi que la chaine de commandement, déja gravement sclérosée.

De nouveau,  le dernier bastion des irréductibles militaires, ne pourra plus nier que leur sacro-sainte doctrine héritée de l’indépendance, qui voudrait que le rangers soit toujours au dessus du civil, n'est plus appropriée ni viable, et devra inévitablement être abandonnée en faveur de l'état civil.

4-3/ scénario du court terme (2 ans)

Si le peuple est pressé, et veut un changement radical du système le plus rapide possible, càd dans les 1 à 2 ans à venir, il doit être conscient que ce scénario exige un surpassement d’activité du hirrak, de ses moyens, de son organisation concertée, et de la mise à jour efficiente de sa stratégie de changement avec des buts ultimes précis et atteignables: 

1/ l’assèchement de l’exportation du pétrole et du gaz pour plusieurs jours, voire plusieurs semaines,

2/ désobéissance générale aussi bien des civils et des militaires, à l’autorité illégitime, civile et militaire.

Si des ressources disruptives sont déployés suffisamment, alors l'édifice mental des tyrans qui nous gouvernent peut s’effondrer de manière soudaine, lorsqu’ils réaliseront avec stupeur que leur d’autorité n'est plus solvable à tous les échelons de la hiérarchie, aussi bien dans les domaines civil que militaire, comme une équipe de foot s’effondre après avoir encaissé un ou plusieurs buts inattendus à la suite d’un long périple offensif ou défensif.

Si dans les scénarios 4-1 et 4-2 le mental du pouvoir profond est enclin à s’effondrer lentement selon 2 échelles de temps (10 et 20 ans) car l’energie du hirrak qui essaye de le casser reste dans des proportions d'échanges “non-disruptives” et “continues”, dans le dernier scénario, par contre, les actions pacifiques auront des revêtements "durs" et "disruptifs", qui peuvent suffisant à abréger les souffrances du peuple dans le très court terme.

5/ Conclusion

Si ce pouvoir ne chute pas dans les prochaines heures, il ne faudra pas perdre espoir car les jeux seront faits inéluctablement dans  2 ans, 10 ans ou même 20 ans.

Le pouvoir profond a été gravement endommagé sous les coups de boutoir du hirrak, et la voie de la liberté est devenue plus réelle que jamais, même si ce simulacre d’élections du 12 décembre 2019 est passé en force. De manière concomittante, les revenus financiers vont se réduire comme peau de chagrin ne laissant à ces tyrans aucune autre alternative que de jeter l'éponge et chercher refuge sous des yeux plus cléments à leurs égards.  

Il incombe seulement au peuple d'être lucide sur les moyens dont il peut disposer pour réaliser ses voeux de changement. 

Le dénouement à très court terme espéré par tous, reste possible dans les limites de l'assiette de moyens disruptifs, qui doivent être suffisants pour garantir des effets hautement non-linéaires. Actuellement la mobilisation du peuple a peut-être atteint un niveau de disruptivité jamais atteint par le passé qui pourrait créer des surprises dans l'édifice craquelé du pouvoir profond, incessamment sous peu.

Mais même si ces ressources disruptives sont encore insuffisantes et que cet édifice malfaisant perdure dans son état avancé de déterioration, il ne faudra pas se décourager car les processus de changement prennent souvent du temps pour se réaliser, et ce, même si le système ne tiendrait qu'à un fil. Il faudra continuer d'agir et de s'organiser proprement pour que chaque infiniment petit d'impact puisse avoir un effet résonnant très fort, d'iteration en iteration, inlassablement tous les mardis, les vendredi,et autres jours de la semaine, jusqu'à l'effondrement final du système.

Le peuple a atteint le niveau requis pour rentrer de plein pied dans la civilisation. Mais cette condition nécessaire n'est pas suffisante car il faut impérativement détruire à jamais cette doctrine militaire qui nous a fait tant de mal en méprisant et en empéchant l'état civil qui devait couronner le congrès de la soumam historique, de se réaliser durablement!  Mais ce n'est que partie remise, et ce ne sera jamais que quelques dizaines d'années de plus de perdues dans la longue marche d'un peuple appelé à devenir grand tôt ou tard.

Puisse Dieu faire triompher l’Algérie Indépendante souverraine dans le cadre d'un état démocratique civil et non militaire! Amine.