L'épreuve Tariq Ramadan

Les accusations de violences sexuelles contre Tariq Ramadan, bien que n'étant pas nouvelles, ont non seulement mis à l'épreuve le concerné lui même, mais aussi la grande communauté musulmane d'occident. 

Cette dernière, assommée par la gravité des accusations, ne sait plus qui croire, qui soutenir, quoi faire! Et l'intervention exogène et intempestive des ennemis de toujours de l'islam et des musulmans, qui profitent de l'aubaine pour instrumentaliser les victimes supposées, et certainement pas pour leur rendre justice, n'est pas faite pour faciliter les choses. En réaction à ces prédateurs mal famés, des comités de soutien se sont constitués pour marquer leur solidarité avec le mis en cause, au risque de se désolidariser avec les prétendues victimes, en laissant croire implicitement, que si ce qui leur est arrivé est vrai, alors elles l'auront bien mérité!

Elles l'auraient ainsi doublement mérité, car d'une part, et selon les allusions implicites des soutiens du mis en cause, non encore démenties par les accusatrices, ces femmes, en général, toutes bues d'admiration envers l'orateur, auraient été des instigatrices conscientes ou inconscientes de ces rencontres qui ont suscité le désir incontrollable de ce dernier. Elles se seraient elles même rendues jusque dans l'intimité de sa chambre d'hotel pour recevoir l'extrême onction! Les conseils dont elles disent vouloir recevoir pour justifier l'occurence de ces rencontres, ne seraient donc que des prétextes. La deuxième raison de leur mise à l'index, viendrait du fait que consenties ou pas, ces relations, adultériennes pour le marié et illégales pour les femmes célibataires, n'auraient jamais dues être révélées, car faisant partie du "darkside" que chacun de nous porte en secret, et qui peut encore être pardonné par Dieu le Tout-Puissant et le Miséricordieux, pour peu qu'on puisse réellement le vouloir et faire l'effort de se traiter. Nous ne sommes pas obligés de trahir la partie dépravée de nos êtres, au risque de se livrer à la vindicte populaire. C'est pour cela que ces accusations qui sont du reste très graves doivent être dans le droit canon, étayées par le témoignage de quatre témoins au moins, qui déclarent tous avoir vu ce qu'il s'est passé. Et si un seul témoignage venait à manquer ou manifester un doute quelconque, l'accusation deviendrait caduque, et un autre procès devrait s'en suivre pour faux témoignages.

Les accusations de ces femmes musulmanes sont aggravées par les témoignages d'ex-étudiantes non-musulmanes, mineures à l'époque des faits, qui ont révélé leurs relations intimes avec Tariq Ramadan, qui se seraient déroulées il y a une quinzaine d'années, et pour lesquelles il y aurait prescription dans le droit suisse puisque les faits n'ont pas été dénoncés dans le temps imparti pour cela. De plus, des bandes sons ont été publiées par l'une des accusatrices comme preuves matérielles de la nature de sa relation avec l'accusé. Mais ces bandes, quelque soit leur vraisemblance, ne pourront pas être retenues comme preuves matérielles, si elles n'ont jamais été commandées ni contrôlées par la justice elle même, à moins d'une ré-interprétation des lois ou d'une nouvelle jurisprudence. En effet, toute partie puissante désirant calomnier l'accusé peut facilement employer des moyens colossaux pour réaliser des imitations et des montages compromettants. Nous avons vu par le passé, comment des imitateurs ont pu trompé leurs interlocuteurs et comment des bandes sonores factices ont été constituées pour servir des desseins occultes ou pour amuser la galerie. Ce genre de preuves doivent être très encadrées par la justice pour avoir une quelconque valeur judiciaire. 

Mais, dans le cadre de cette affaire qui s'est déroulé à Genève, les ex-étudiantes se contentent de témoigner d'un passé qui aurait eu lieu jadis, mais c'est Tariq Ramadan qui veut intenter une action judiciaire pour débusquer ses accusatrices, en s'entourant d'un ténor du barreau, islamophobe. Certes, la démarche est compréhensible puisqu'elle trahit une volonté de débusquer son adversaire caché, mais en même temps elle est risquée, car fondée ou pas fondée, la partie adverse ne va certainement pas se laisser intimidée si il y a de la vérité dans ses témoignages- d'ailleurs, un comité de soutien s'organise actuellement pour encourager ces ex-étudiantes à maintenir leurs accusations et ne pas reculer-, et qu'au final Tariq Ramadan payera surtout très cher un avocat non-digne de confiance à qui il livrera ses secrets qui nourriront au centuple son islamophobie pour si peu de gains, si ce n'est peut être de révéler une addiction maladive qui pourrait lui conférer des circonstances atténuantes, sans forcément mettre en doute la parole des protagonistes, à moins qu'elles aussi trempent dans le complot!

Au final, et à moins d'un immense rebondissement, Tariq Ramadan, coupable ou pas, n'aura pas de mal a apparaitre comme une double victime, d'une part de pulsions inhérentes maladives exacerbées par sa position dominante, qu'il se doit de traiter si cela était vraiment le cas, et d'autre part, du complot ouvertement ourdi a son encontre pour discréditer son immense travail qui a permis à une grande partie de musulmans d'occident de s'affranchir des traditions et concepts obsolètes venus tout droit d'Arabie, pour pouvoir s'intégrer en occident, bon gré malgré face à tous les vents antagonistes.

Bien entendu, la justice conventionnelle, va elle essayer de déterminer si des éléments passibles de peines peuvent être déterminés en relation avec tout ce qui peut constituer un viol ou un harcèlement sexuel, et en général, à toute maltraitance sexuelle ou autre, subie et non consentie par les victimes. Tout au plus, si cela devait être le cas, une violence sera constatée, sur la base d'un certificat médical, mais dans tous les cas, il sera quasiment impossible de prouver que l'accusé est un forcené qui a obligé ses victimes à se soumettre à ses fantasmes dans l'intimité de sa chambre d'hotel, et ceci même si il peut controller mentalement les esprits. Comme elles le racontent toutes, elles s'y sont rendues librement, non sans aucune hésitation, et que si une réputation séductrice ou prédatrice l'avait précédé comme certains semblent aujourd'hui le prétendre, elles ne pouvaient pas ignorer qu'elles prenaient de gros risques, même si elles se sont ravisées par la suite, surprises par des demandes impossibles à assouvir, qui auraient mis ce dernier en rogne!

Et même s'il s'avère coupable de tous ces maux, cela n'enlèverait rien au travail éclairé et éclairant dont des masses musulmanes occidentales ont bénéficié dans leurs difficultés quotidiennes, au grand damn de ceux qui le détestaient cordialement, pour une raison ou pour une autre. Même dans le cas ou Tariq Ramadan aurait abusé de la confiance de ces masses inconditionnelles qui découvrent assommés son "darkside", le dommage accusé par ces masses serait quasiment nul si l'enseignement était  juste. Celui qui le reçoit fera ce qu'il voudra avec et prendra ses responsabilités. Mais le comportement déviant supposé d'un orateur n'engage que lui, même si sur le plan éthique et concernant précisément les questions religieuses, cela peut affecter sa crédibilité, celle liée à son comportement mais pas celle liée à la pertinence des enseignements. Ces masses, apprendront à ne plus se laisser entrainer dans un star système qui entretient le culte du nombril, et qui n'est qu'une supercherie de plus pour instaurer une domination des esprits à des fins bassement mercantiles. Ces masses devront apprendre à être des esprits critiques qui s'accordent le droit et la liberté de discuter et de remettre en cause les sujets qu'ils désirent.  

Quant à ces présumées victimes qui semblent manifestement souffrir d'un traumatisme, pour elles et leurs familles, suite à une faiblesse transitoire qui a conduit à une défaillance passagère, elles doivent savoir qu'elles ne sont pas des "garces", mais seulement des être humains qui peuvent faillir ou être désabusés et qui doivent profiter de ses experiences de vie pour rebondir en étant plus fortes. J'espère que le préjudice moral et matériel sera réparé. Meme si rien de ce qui s'est passé ne sera oublié, il est impératif et vital de laisser les blessures se cicatriser et d'évacuer la haine, si haine il y a, pour ne pas souffrir inutilement le restant de sa vie. Dans toutes les sociétés, les femmes peuvent accuser le coup plus facilement et de telles situations peuvent les détruire gravement, car ce sont des joyaux de créatures parées d'un immense réservoir d'atout complexes et d'intelligence dont l'organisation de la vie. Cette complexité les rend vulnérables et fragiles et plus enclines à se culpabiliser que les hommes. Insulter ces femmes, sans se soucier de la véracité de leurs accusations, est tout simplement d'une lâcheté incommensurable.

Pour les musulmans et musulmanes, cette épreuve qui implique une personnalité importante comme Tariq Ramadan, nous indique qu'il est nécessaire de ne pas déifier les personnes quelque soit leurs rangs dans la société, leurs cultures, leurs connaissances et compétences, et surtout ne jamais se fier aux apparences. Il faut les garder dans une dimension humaine, faillible à tout point de vue. Il ne faut jamais accorder de chèque en blanc à quiconque, ce qui sous-entend qu'il ne faut jamais fuir devant ses responsabilités d'analyse et de synthèse et que la décision nous appartient individuellement et ne doit pas passer par des incubateurs ou des cautions qui ne traduiront jamais que leurs propres points de vues que nous ne sommes pas obligés d'adopter. 

Cette épreuve est salutaire pour que nous apprenions, nous musulmans, à faire plus confiance à notre intelligence et à fermer l'accès de notre canal émotion à l'extérieur, d'ou qu'il vienne, de sources amies ou ennemies. C'est le fondement même de notre religion de cultiver cette lucidité et de fermer les portes de l'imbécilité émotionnelle qui nous ont conduit à devenir les vassaux des uns et des autres. Sur ce point, les témoignages des collègues ou acolytes de Tariq Ramadan, ne peuvent pas servir de caution de bonne conduite constatés dans un cadre académique, à ce qui s'est passé dans une chambre d'hotel en charmante compagnie, comme ses ennemis de toujours ne peuvent pas témoigner contre lui, même si ses écarts de conduite s'avéraient être bien réels.

L'épreuve Tariq Ramadan est une épreuve d'hommes et de femmes qui a déja touché des millions de congénères des deux sexes. Tous les acteurs de ces drames sont perdants sur terre. Mais ni l'homme n'en sort grandi ni la femme n'en sort avilie. Les séquelles resteront certes, mais le plus important c'est d'arriver à sortir de ce foyer de souffrances pour se consacrer, en silence, à la rédemption et à la réhabilitation du salut de notre âme pour que Dieu puisse nous accorder son pardon et sa miséricorde. Le temps que nous vivons est très court comparé aux temps géologiques et astronomiques, mais il est suffisamment long pour manifester notre dévotion à Dieu. C'est cela qu'il est critique de se rappeler. Le déroulé parsemé d'embuches de nos vies n'est que failles et trébuchements révélant notre médiocrité constitutive dont il faut impérativement se relever pour parvenir au triomphe final dans l'haut de-la. Tout le reste n'est que balivernes même si c'est très douloureux et que des conséquences destructives peuvent en résulter.