Aid el-Adha 2018: la date est juste mais le justificatif est erroné!

La cour suprême saoudienne a annoncé que la date de aid el-adha était fixé au 21 août 2018. Elle ne manqua pas d’ajouter que c’était suite à l’observation du levant (hilal), et ce, sans aucune autre précision.

A/ Cette décision de la cour suprême suscite deux commentaires:

1/ une fois n’est pas coutume, cette date est juste! 

En effet, selon le calendrier lunaire naturel et corrigé pour les musulmans, le premier jour calendrier commence avec le premier fajr qui suit la lunaison. Comme la lunaison de dhu-el-hijja a eu lieu le samedi 11 août à 11h59 (GMT+2), il est évident que le premier fajr du nouveau mois aura lieu le lendemain, dimanche 12 août. Le 12 août 2018 correspond donc bien au 1er dhu-el-hijja de l’année en cours. En conséquence, aid-el-adha, qui a lieu le 10ème jour de dhu-el-hijja, est bien établi pour le 21 août.

2/ l’observation du levant était impossible le 11 août 2018 dans le bassin géographique arabe et en Turquie

La cour suprême saoudienne a prétendu que le levant de dhu-el-hijja a été observé par plusieurs personnes, sans dire qui et ou. Or, sachant qu’il était impossible de voir le levant (hilal), au coucher du soleil, dans le pays tout entier ainsi que dans toute la péninsule arabique, au Maghreb, au moyen-orient et en Turquie, et que l’Arabie Saoudite utilise durant les mois interdits, un principe de localité de l’observation des levants, il était donc impossible à la cour suprême d'emettre son décret  sur la base d'une observation locale qui n'a jamais pu avoir lieu dans cette région géographique. Quiconque prétend avoir vu un levant dans cette région est un menteur ou un incompétent.

Contrairement à elle, la Turquie qui utilise la délocalisation de l’observation des levants (ou unicité des levants), aurait pu décréter la date de l’aid pour le jour exact, sachant que le levant pouvait être observé dans le continent américain, quelques heures plus tard, au coucher du soleil.

Le mystère demeure donc entier: est-ce que la court suprême saoudienne, qui n’est pas à sa première inconsistance, n’a vriament pas les moyens de la vérification et de la validation des observations, au point de se laisser abuser et désabuser par quiconque, ou alors est-ce intentionnellement qu’elle a pris cette décision, qui est juste, mais qui contredit leur modus operandi habituel.

Est-ce aussi un abandon du recours à l’observation et au calcul des levants - ce dernier étant aussi inutile qu’erroné dans notre ère-  et la réhabilitation de la seule méthode logique et raisonnable qui permet d’établir le calendrier lunaire pour les musulmans, de manière pérenne, juste et consistante, ne nécessitant aucune maintenance humaine, et surtout, qui peut-être fixée, comme pour le calendrier grégorien, des années à l’avance, permettant de simplifier la vie des musulmans dans le monde entier, en anticipant sur la prise de congés durant les fêtes et les périodes rituelles. Les réponses à ces questions deviendront plus claires dans un avenir proche, lorsque le 1er Mouharram et les mois interdits suivants seront décrétés.

B/ Annexe arithmétique

Pour comprendre, de manière simple et sans savants calculs,  pourquoi il est impossible à quiconque d’observer le levant dans les régions cités ci-dessous, y compris dans toute l’Europe, il suffit de se rappeler 2 critères: 

a/ il est impossible actuellement, d’observer aux instruments, une nouvelle lune qui a moins de 11h40’ d’existence (sans instruments, cette limite recule à environ 15h).

b/ l’observation de cette nouvelle lune se fait généralement au coucher du soleil

Avec ces deux critères, il est aisé de comprendre pourquoi il était impossible de voir cette nouvelle lune en Arabie Saoudite et dans la péninsule arabique.

Il suffit juste de compter l’âge de la nouvelle lune au moment du coucher du soleil, en partant de l’heure de lunaison. Situons nous à la Mecque (GMT+3): comme cité ci-dessus, la lunaison a eu lieu le samedi 11 août à 12h59 (GMT+3). Le coucher du soleil a eu lieu localement à 18h56 (GMT+3). Autrement dit, au moment du maghrib, l’âge du hilal était de moins de 06h, soit exactement 05h et 57 minutes. Cette nouvelle lune, n’était donc pas assez “vieille” pour pouvoir être vue là où elle aurait été vue. Il lui manquait encore 06 heures d’âge. La cour suprême aurait donc du logiquement annoncer que le 1er dhu-el-hijja serait le 13 août au lieu du 12 août, vu la condition de localité de l'observation du levant qu'elle prône, imposant le recours de la règle de comptage à 30 jours. En conséquence, la date de l'aid aurait du être selon leur méthode opératoire, le 22 au lieu du 21 août 2018.

Bien entendu, si la cour suprême avait utilisé dans ce cas, le principe de la délocalisation de l’observation des levants, comme la Turquie, le justificatif aurait été cohérent, car les calculs établissent que la nouvelle lune sera suffisamment vieille (plus de 12 heures d’âge) pour être observée avec des instruments, dans plusieurs régions du continent américain, notamment sur sa côte ouest.

PS: Le souci de simplicité de la compréhension, a conduit à ne se focaliser que sur l’âge minimum de la nouvelle lune, qui est une condition nécessaire d’observation. Nous avons donc supposé que tous les autres paramètres pertinents qui interviennent dans le calcul de géolocalisation de l’observation des levants, sont dans une configuration idéale neutre, qui ne tempère pas ce critère d’observation. Ces paramètres cachés se résument aux angles relatifs lune-terre-soleil, le moment de croisement du coucher du soleil et de l’apparition du levant, ainsi que l’élévation du levant au dessus de l’horizon. 

C/ Conclusion

Il est à se demander pourquoi les centres astronomiques, notamment dans les pays arabes, n’ont pas réagi à la décision juste mais injustifiée, donc incohérente, de la cour suprême saoudienne.

Cette dernière va-t-elle, encore une fois déclarer qu’elle s’est trompée, car la lune a été confondue avec la planète Saturne, et payer une forte amende à des personnes virtuelles?

Toujours est-il, que même si la décision est juste, et que les fidèles iront au mont Arafat et fêteront l’aid les bons jours, il n’en demeure pas moins que la raison de cette décision est infondée. Cette situation indique surtout, que la cour suprême saoudienne et ceux qui lui donnent des ordres, sont peut être consicents de l'impasse dans laquelle ils se sont mis. La solution alternative prônée par la Turquie, et qui invoque l'unicité des levants, n'est pas plus interressante car elle est fausse en moyenne une fois sur deux, comme nous l'avons prouvé dans ce lien

Un effort d’intelligence doit donc être entrepris par toutes les parties prenantes et les autorités religieuses, pour réhabiliter la seule méthode pérenne, juste et cohérente avec les textes scripturaires ainsi qu'avec les données validées de la connaissance scientifique, pour la détermination du calendrier lunaire pour les musulmans, selon la règle du premier fajr qui suit la lunaison.

PS: La précision: “calendrier lunaire pour les musulmans”, est importante, car pour les musulmans, les principaux rites des mois interdits commencent le jour, après le fajr. Si Dieu avait décrété le début des rites au moment de la prière de asr par exemple, alors le premier jour du calendrier lunaire commencerait avec le premier asr après la lunaison. Tout ceci pour dire que le début des mois lunaires interdits est conditionné par le moment principal du début des rites principaux. Dans l'islam, c'est le fajr qui fait figure de référence pour le début d'un jeûn musulman, et non le asr ou le maghrib ou le iicha. Pour les juifs, leur premier jour lunaire commencera en fin de journée, à l'approche du coucher du soleil. Les mois lunaires "musulmans" n'ont donc pas à être "calqués" sur ceux des juifs, rendant caduque le "jour légal" tel que defini chez les musulmans, qui n'a absolument aucun sens dans l'islam.